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Lundi 11 décembre 2006

Il est maintenant 21h50. Dehors, on se croirait comme en plein jour si la pendule ne rappelait pas les minutes s’écoulant si vite… Mais il me faut revenir au 29 novembre de l’année 2006 que nous ne pourrons jamais oublier…

 

A peine arrives a Ushuaia, ville la plus australe qui soit pour le commun des mortels (en fait c’est Puerto Williams, mais on ne va pas chipoter, n’est ce pas), nous sautons sur le steward de l’office du tourisme afin qu’il nous indique ou nous adresser pour les départs de dernière minute. Reroute non loin de la, on y porte nos sacs qui de fait sont de plus en plus lourds, bien que n’ayant pas de surpoids… Encore une bizarrerie qui atteind le voyageur au long cours. L’agence nous accueille avec une belle promesse de réalisation, et après quelques minutes nous savons que nous allons partir pour l’antarctique et nous n’avons pas cherche plus loin. Vous dire que nous pensions être sur un navire russe, et tout les sous entendus que cela comprend allait pour nous sans dire. En fait, au lieu de nous retrouver sur ce que j’avais baptise dans mon esprit la « barcasse », nous embarquons sur l’Antarctique Dream, un ancien vaisseau de l’armada chilienne construit en 1946, rénove pour sa nouvelle vie d’expédition vers le 6eme continent, et nous pouvons dire superbement agence. Son nom prometteur était plein de réalité et a bien des égards il reste le meilleur hébergement que nous ayons eu depuis bien des mois. Le voir de loin, amas de fer pour nous si peu marin, nous a étreint alors que nous étions déjà et de loin dans un état de surexcitation nerveuse. Vous vous rendez compte, allez en antarctique ! C’est pour nous tellement immense et inespéré que ça en a crée un lien presque charnel avec ce navire rouge et blanc. Comme dans un rêve nous avons embarque et découvert notre cabine, sautes de joie comme des enfants des la porte refermée. Ce jour la tous les espoirs les plus fous ne semblaient pas incroyables. L’ancre a été levée peu après 18h00, et nous avons jette la notre dans le lit après un dîner gastronomique, non sans avoir furete partout au préalable et admire le canal Beagle que nous descendions bon train.

 

La nuit a commence d’être mouvementée et nous a laisse sans sommeil, livides et fantomatiques dans des journées plus longues que ce que nous avions jamais vécu. L’equipage disait que la mer dans le passage de Drake était bonne. Le baromètre de couleur de notre peau a démenti cette assertion. Je n’avais jamais souffert du mal de mer, mais je pourrais maintenant dire que je connais. Le navire tanguait et roulait tout a la fois sur des vagues plus hautes que notre hublot, alors que nous sommes un étage au dessus du pont. L’eau s’y jetait dessus avec grande force et par paquet enorme. Nous étions blême, gris et jaune simultanément des que l’on jetait trop longtemps un œil a l’extérieur par ce hublot qui nous laissait voir tantôt une mer dechainee, tantôt un ciel sans saveur… La variation du navire au niveau latéral était de 45 degrés, je ne puis dire pour ce qui est d’avant en arrière, mais l’avion dans les trous d’air ne peut faire plus d’effet, et pour ce qui est de ressentir toutes ces directions en même temps et jamais dans le même ordre… Rien que d’y penser, il faudrait que je m’allonge, c’est du reste le seul moyen qu’on ait trouve pour rester a peu près stable.  Ce cauchemar liquide a perdure jusque dans l’après midi du 1er décembre, ou nous avons rallie les îles du sud Shetland. Notre première sortie aussi, ce qui équivaut a tout une ode vestimentaire préparatoire. C’est a se demander qui de nous et des pingouins, que nous découvrons avec émerveillement, est le plus grotesque dans la démarche. Imaginez un peu : les collants et le sous vêtement type « robert » a manches longues, puis une autre épaisseur en haut, la polaire par-dessus et les 2 blousons, le tout sur un pantalon doudoune qui vous amplifie au moins 4 fois, les pieds chausses de botes dans lesquelles il n’y a pas moins de 3 ou 4 paires de chaussettes. Un defile de mode ne pourrait pas suffire à nous couvrir de la sorte. C’est sans compter le gilet de sauvetage, toujours dans un élégant et très seyant orange vif…

 

Bref, engoncés mais sans avoir froid, nous posons le pied sur le zodiac, debarquons sur l’île en marchant dans une eau qui semble glacée (merci les botes en caotchouc que je déteste d’habitude !) et nous dirigeons cahin-cahat vers la 1ere colonie de pingouins. Le ciel est bas, l’univers est fait de palettes de blancs, bleues et noirs. L’odeur qui nous assaille nous semble s’infiltrer partout en nous. Impossible de vous décrire toutes les sensations déclenchées par ces oiseaux du bout du monde, fous rires de glissades, tendresse de voir les males si prévenant affaires autour de leurs partenaires qui couvent, de la a rajouter une pierre muraille pour le nid, d’aller s’enquérir de quelque aliment ou encore de s’agiter face a un congénère qui voudrait rafler un bout de muraille… Mais il nous faut déjà embarquer pour le cocktail du capitaine, vite enfin, doucement car les mouvements doivent être mesures, les bruits limites, notre présence la plus discrète possible.

 

La descente vers le nord se poursuit des qu’on est a bord et nous mène dans l’après midi du samedi a Robert Point, une autre île des Shetland ou nous resterons 3 heures, qui nous paraissent quelques minutes, assis au milieu des allées et venues des pingouins, des oiseaux qui sillonnent les environs a l’affût d’un parent un peu oublieux de son œuf. Les paysages se font plus froids, plus blancs pour se fondre dans des teintes douces rosées et légèrement ocres durant ce superbe coucher de soleil qui n’en finit plus vers 22h20…

 

La nuit n’est pas noire, car ici rien a part le bleute de la glace ne semble plus profond, le soleil demeure en même temps que la lune, il renaît vers 2h40 du matin et plus nous descendrons et plus il sera présent.

 

Dimanche 3 décembre, après avoir eu une navigation calme, nous desembarquons sur Neko, puis plus tard sur Roger island. Des immensités couvertes de colonies de pingouins de 3 sortes, et d’éléphants de mers ventripotent. Le paysage est sauvage et cruellement découpe, le vent n’a de cesse de tout aplanir et tous les climats passent en quelques minutes sur nos têtes ahuries et ivres de ces immensités. Le silence est trouble par cette vie animale intense disposée ici et la. Nous ressentons chaque découverte comme une partie intégrante de nous même en nous avouant qu’il ne sera pas possible d’en découvrir davantage. Mais cela s’avere faux des le moindre détour, la plus petite rencontre avec ces bipèdes en smoking nous offre un autre monceau de connaissances, d’observations dont on voudrait malgré nos pieds douloureux de froids que cela ne s’arrête pas. Rien ne parait alors plus vrai que ce que disait Apsley Cherry-Garrad, qui était sur l’expédition dans ce même coin durant 1910 a 1913  « Une expédition en Antarctique est la plus mauvaise façon d’avoir le meilleur moment de votre vie »…

 

Ce jour la, nous voyons venir a nous des icebergs de plus en plus importants. Des formes surnaturelles flottant sur une mer translucide d’un bleu nuit intense qui semblent jouer de la lumière et faire de ce monde bicolore une explosion de dégrade azur et de blancs si vifs que leurs images vous restent a jamais grave sur la rétine. Le vent se fait hurlant et glace et fait bouger ces immenses glaçons de façon que nous pouvons parfois en voir des contours immerges. Entre tout ça, on s’extasie devant des pingouins bondissant et qui semblent plus voler dans et hors de l’eau que nager. Parfois, un éléphant de mer nage dans le sillage du navire, ou se prélasse sur un bout de banquise. Tantôt nous revoyons quelques baleines isolées qui passent sans nous porter plus d’attention.

 

Pour aujourd’hui, lundi 4, je vous laisse avant de vous conter notre si riche journée et encore plus incroyable et irréelle que les jours précédents. Il est plus de 23 heures et le soleil tarde encore a disparaître. Demain, je vous dirais encore de ces vents, de ces tempêtes de neige que nous avons essuyés, de ces jeux d’animaux que nous avons observes, de ces icebergs si mystérieux a la destination inconnue…

 

Enfait de demain c’est beaucoup plus tard que je reprend le clavier, aujourd’hui 10 decembre... Je n’ai rien pu produire hier bien que deja a terre car apres cet atroce mal de mer, le mal de terre nous a etreind dans une danse terriblement agitee. Horrible de vous dire a quel point on etait desapointe de ressentir les memes mouvements dans nos organes malmenes mais sur la terre, alors nous sommes restes une journee a ne pouvoir quasi mettre un pied en dehors de notre dortoir...

 

Nous en etions au lundi 4 et c’est le jour ou nous avons vogue dans ce superbe canal Lemaire. Impossible de s’arreter car le temps n’est pas clement, alors le capitaine decide de descendre et qui sait peut-etre arriverons-nous a croiser le cercle polaire... Il n’est pas si loin que ca sur la carte, mais pour y parvenir, un tout autre programme, car se dresse sur notre passage un pack de glace de plus en plus dense. C’est merveilleux et surealiste. Nous avancons a peu de noeuds sur une mer que nous ne pouvons plus apercevoir, totalement recouverte de glacons de toutes tailles qui bruissent avec des accents cristalins sur notre pasage. L’un supporte une otarie, d’autres quelques pingouins, plus loin nous aurons la tres grande chance d’apercevoir un pingouin empereur, surement egare car ils vivent normalement bien plus au sud. Au niveau du 65 degres 34’08’’, nous cessons notre glisse sur ce monde blanc, le pack est devenu trop epais pour notre navire qui n’est pas un brise-glace et il nous faut rebrousser chemin sans etre parvenu jusqu’au fameux et mythique cercle... Tant pis, pour nous c’etait deja si inespere d’avance jusque la ! C’est aussi le bapteme de ce navire qui n’a jamais pu encore aller aussi loin dans le sud ! Tout le monde est donc content ! On se degourdit un peu les jambes sur l’ile de Petermann et refaisons encore quelques cliches de bipedes, deja tres nombreux...

 

Le lendemain est une journee de reve car le soleil nous accompagne sur la station scientifique de Gonzalez Videla, puis a Port Lockroy ou se tient le service postal le plus austral de notre temps. Quelques uns d’entre vous aurons la chance de recevoir une petite carte, mas les dollars (oui la monnaie de l'antarctique ! ?) defilent vite et impossible d’envoyer a tout le monde...

 

Notre derniere journee avec etapes est consacree a Deception island, un tres vieux volcan dont il reste une magnifique caldera de plusieurs km de diametre et dont une breche ouverte sur la mer nous permet l’entree avec le navire. On grimpe sur la cime de la caldera, divaguons dans une vielle station de balainiers, abandonnee depuis fort longtemps, observons encore les apprentissages de combats des males elephants de mer, qui d’ici peu ne seront plus des jeux et puis voguons plus loin a la recontre d’un endroit ou l’eau beneficie de l’activite sous terraine intense.

 

Allez, avec beaucoup de courage, on saute a terre pour faire un bain miniature qui sera le plus austral lui aussi ! Serait-ce possible qu’il y ait une nouvelle variete de phoque ? ? ? Nous sommes en maillot, tout grelotant, avec chaussette et bonnet, echoues sur quelques centimetres d’eau chaude, alors qu’on se retrouve totalement gele par les vaguelettes glacees qui nous recouvrent grace a cette brise que sur l’instant nous maudissons fortement !

 

Brrr ! On revient glace apres avoir fait cet adieu sans pareil a l’Antarctique et aux magnifiques iles Shetland. C’est parti pour une navigation qui durera de la nuit du 6 a la matinee du 9, avec une mer de plus en plus dechainee. Le passage de Drake nous accueille tristement avec forces oscillant entre 8 et 10 ! Des vagues de 10 metres nous submergent tandis que le mal de mer nous tetanise. On s’accroche parfois au lit cochette pour cesser le surf allonge. Un retour cauchemardesque qui nous fait presque regretter d’etre venu ici. Avant le passage de Drake, on s’etait dit qu’il nous fallait absolument revenir tant c’est beau. Maintenant, on ne sait plus bien ! Encore quelques jours et nous aurons oublie ces sensations indescriptibles pour ne garder que le meilleur... C’est a dire le cap Horn relativement peu dechaine que nous avons lorgne sous un grand vent avant de revenir dans le paisible canal de Beagle et de feter dignement cette fin de tempete avec l’equipage, a grand flots devastateurs de pisco sour...

 

Pour ce qui est du retour sur la terre ferme, on ne rajoute pas plus de descriptions ‘houlesques’, mais revoir Ushuaia, apres tous ces jours sans humanite est aussi un moment intense.

 

L’antarctique reste ecrit dans nos coeurs comme une page tres exceptionnelle de ce voyage au bout de nous meme.

 

Mais une question demeure : a present, nous nous demandons comment est l’arctique ? ? ?

 

Par cathy

 

Par Cathy Jéjé - Publié dans : Antarctique
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