
Aprés avoir passe une nuit agitée due à des voisins indélicats, nous prenons le petit déjeuner dans la cuisine toute en bois de l'auberge Arroyo tenue la sémillante Julia (si vous passez par El Calafate, ne manquez pas d'y aller car l'accueil sans égal de cette personne compense largement la basicité du lieu !). Notre noël commence à 7h00 par des tartines largement recouvertes du dulce de leche argentin inégalable et encore inégalé...
Pendant que Tanguy et Jéjé partent faire le plein, je me retrouve avec Gaëlle a remplir une mission de la plus haute importance : trouver le dessert de la nativité ! On avait bien escompté se régaler des fabuleuses fraises de la Patagonie, mais les locaux ont déjà tout acheté et nous laisse sans idée. Ici pas de bûche, mais pour nous trois, les tourdumondistes, il est très important d'avoir "le dessert" en ce jour exceptionnel. Alors on chemine vers la pâtisserie que nous a indique Julia et la, perplexes, nous déglutissons avec force devant des gâteaux tous aussi "salivant" les uns que les autres. Les garçons arrivent et après moult concertations, on opte pour "le" dessert a la crème de chocolat recouvert de fraises ! Il nous faut patienter jusqu'a ce soir et faire en sorte qu'il vive d'ici la sans frigo.
Fin prêt : dessert ok, matelas pour la tente de Tanguy et Gaëlle ok, victuailles ok...
Une jolie route nous fait parvenir au glacier Perito Moreno en passant par des étendues de rêve ou le vert et le rouge se partagent les tons des herbes rases. La présence de quelques nuages ne fait que rehausser l'enchantement de cette fraîche et belle journée. Nous arrivons vers 9h30 en face de cet époustouflant glacier aux parois acérées et dont les tons bleutés sont magiques. Il nous semble inimaginable d'être si proche de cette particularité naturelle qui est loin d'être un royaume de tranquilité. Il bruisse, craque et gronde avant que de lâcher quelques éléments de ses tours aux formes étranges dans une eau très calme ou flotte déjà les précédents morceaux qui se sont détachés du glacier le plus grand du monde et le seul qui poursuive son avancée. Des passerelles et terrasses en bois nous permettent de le scruter sous plusieurs angles et de patienter jusqu'a la naissance du prochain iceberg. L'irrégularité des chutes nous fait oublier le temps qui s'écoule. Cela fait déjà plusieurs heures que nous sommes là, mais il nous est difficile d'envisager de partir, alors entre silences et conversations animées, on y reste tout simplement. Cela nous permet de rencontrer Kathya et Thomas, d'autres voyageurs au long cours, avec qui nous passerons de longues heures à échanger sur nos expériences et les perspectives politiques des prochains mois en France. On a bien essayé de trouver une solution aux problèmes sociaux de notre cher hexagone, mais rien à faire, on reste avec nos constats et nos questionnements ; il faut dire qu'on est très souvent entrecoupés par le glacier qui nous rappelle avec grands fracas de glace qu'il est quand même la star du jour et qu'il faut qu'on s'occupe un peu de lui de temps en temps. Le temps s'est envolé et l'après midi touche à sa fin quant on décide de lui rendre hommage en prenant l'apéro devant lui : crackers secs sensés avoir un goût au jambon (pas évident de faire des canapés à l'autre bout du monde ! ) mais heureusement on est sauvé par le champagne qui s'avère goûteux et a l'avantage de ne coûter que 5 euros environ (ça énerve, hein ?!). C'est alors que notre glaçon repéré le matin, et baptisé "la tortue", émet des signes d'indépendance vis à vis du glacier : notre animal blanc se meurt dans l'eau après avoir fait de forts grands bruits sourds et terribles. Il est vers les 19h00 : on lève le camp en direction d'un camping à quelques dizaines de km de là !
En abandonnant la route asphaltée, on plonge tout droit dans cette platitude colorée qui nous avait fasciné ce matin. Après un arrêt photo, une collinette et un virage, on roule doucement devant une estancia. La maison des propriétaires cache à notre vue une maison en bois dans le lointain, mais on a repéré un panneau de location de cabañas. Je dis : "Vous croyez qu'elle est à louer ?" lorsqu'on finit par l'apercevoir, tout en pensant que ce serait plus que probable qu'il y ait déjà des occupants ou que ce soit hors de portée de notre bourse. Pendant ce temps la, Jéjé entame la marche arrière ; Gaëlle se prend à espérer car elle a eu très froid dans la tente durant le trek au Torres del Paine et se prépare psychologiquement depuis hier à passer une nouvelle nuit glaciale ; Tanguy en bon copain saute de la voiture alors qu'avec Jéjé on se laissait la politesse sur un ton forcé pour celui qui aurait le privilège de poser la question de la location en espagnol...
Gaëlle, Jéjé et moi sommes immobiles dans l'auto. C'est à peine si l'on ose respirer alors que le visage de Tanguy se met à rayonner et qu'il lève un pouce vers le haut. Gaëlle explose de joie, tandis que je m'inquiète du prix et que Jéjé souhaite voir la cabaña.
Plus on approche de la maison en bois, à la façon de celle qu'on s'imagine perdue dans le fin fond du Canada, et plus on est euphorique. Lissandro nous fait visiter : une grande pièce principale baigne dans la lumière de cette fin de journée par l'intermédiaire de trois immenses baies vitrées. Le sentiment qu'elles sont comme des écrans plasmas acrochés sur le bois fait l'unanimité. Tout en étant très simple, cette cabañas est tout simplement fantastique et s'offre a nous comme un merveilleux cadeau de noël. Nous sommes tous les quatre très émus d'avoir la chance d'être là ensemble devant des panoramas qui nous coupe le souffle. Pensez donc ! Nous sommes au milieu d'une plaine ou se trouve un petit lac le tout encadré par des montagnes dont les cimes sont enneigées. Aucun fil électrique ne vient polluer cette vision enchanteresse due aux petits groupes de biquettes, moutons et chevaux qui semblent être plus libres que jamais. En les regardant une idée folle nous traverse, et on demande s'il est possible de faire une petite sortie à cheval. "Bien sur pas de problème !" répond Lissandro et de s'en aller dans cette immensité pour quérir nos équidés... Pendant ce temps, je prépare la salade tandis que mes compagnons s'acharnent sur la décoration de noël. En un tour de main, ils créent des guirlandes et décorations sur un thème argenté et or ! La couverture de survie et le papier alu viennent d'être mis au service d'un nouvel usage, et qu'est-ce que c'est beau !
Il est 22h00 lorsque nous montons sur des chevaux de bonne stature dont les muscles sont saillants. Gaëlle est aux anges et a les yeux brillants. Jéjé pense à ses soeurs qui seraient folles de bonheur d'être dans un endroit pareil. Tanguy est concentré sur la "bête" car il n'a pas monté depuis son expérience sur un double poney il y a un peu plus de 20 ans... Et moi ? J'ai le coeur qui est sur le point d'exploser tant je suis emplie de bonheur.
Forcement en commençant à cette heure là, ce n'est pas bien long mais qu'importe puisque c'est un cadeau inespéré du destin. La perspective de devoir déjà partir demain nous ennuie un peu, mais qu'importe l'instant présent est à la célébration de Noël et ça passe d'abord par la préparation du repas. On jette les patates dans la braise, puis grillade du bife de lomo, le tout sera bien arrosé de vin chilien et argentin. L'éclairage vient d'une lumière (il y a quand même un groupe) et des bougies, le chaleur d'un poêle à bois, la musique de notre disque dur, l'ambiance du bonheur de savoir qu'on vit un instant précieux et la compagnie de Lissandro qu'on a invité nous fait parlé en français et espagnol. Le dessert enfin ! Une première razzia sur les fraises, puis le chocolat fondant... Hum ! Inoubliable car cela fait très longtemps qu'on ne s'est pas délecté de pâtisserie.
La suite de la nuit est endiablée et nous laissera des courbatures tant nous avons dansé comme des sauvages. Jéjé perdra sa voix à entonner à tue tête les airs du carnaval de Dunkerque qui lui manque alors que le jour s'est levé depuis un moment. Puis c'est l'accalmie, et chacun semble avoir du mal à aller au lit pour quelques heures, tant la nature alentour nous subjugue et sûrement que chacun a eu son moment de petite introspection...
Le temps, tout en s'étant suspendu sur ces merveilleux moments, nous presse pourtant. On quitte à regret l'estancia Rio Mitre pour rejoindre El Calafate. Quelques minutes avant midi, Tanguy et Gaëlle montent dans le bus qui les mène à la péninsule de Valdès pour d'autres aventures. J'ai bien du mal à les voir partir, mais ce voyage nous a tant apporté en rencontres et en séparations que je sais à présent qu'il ne tient qu'a nous de pouvoir nous retrouver plus tard, car si on a reussi à se retrouver sur d'autres continents, pourquoi pas chez nous, la France est tout de même beaucoup plus petite ! Nous partons souhaiter un joyeux noël à Julia et filons à l'aéroport... Nous parvenons à Ushuaia aprèes avoir survolé une presque dernière fois la Patagonie et la Terre de feu. Voila, on l'aime l'argentine ! Nous réalisons que dans à peine 4 jours nous rentrons chez nous et ça nous plonge dans une grande joie teintée de mélancolie. Quand j'y repense, quel extraordinaire Noël qui me parait devant les yeux avoir la teneur d'un rêve aux contours un peu flou, aux accents d'aventure de l'ailleurs et qui me laisse le goût de vouloir encore me laisser surprendre par les hasards de la vie...
Par Cathy
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