25 jours en Birmanie... C'est etrange comme c'est lent et court en meme temps. Impossible de tout voir bien sur, d'une part parce que la contree est grande, sillonnee de routes scabreuses et etroites ; d'autre part, il n'est pas autorise de se rendre partout du fait du regime politique en vigueur. Si l'on se contente de passer, rien ne nous parvient des actes assez horribles dont on entend parler. Quelques birmans nous ferons comprendre que la ou se trouve le tourisme la population est mieux lotie. C'est l'assurance de ne pas etre pris dans les deplacements forces de population. Nous ne pourrons donc temoigner que des endroits ou tout est masque et ou la paranoia sevit tellement intensement que pour la plus insignifiante pensee formulee (dire par exemple qu'on aurait voulu faire un autre metier !!!) les gens jettent alentour des regards craintifs et baissent le ton. Ce qui n'est pas masque en revanche, c'est le legendaire sourire birman qui restera la constante de ce pays ou les gens croises dans les pick-up, bus cahotant... sont d'une generosite inegalable entre eux et avec nous. Ainsi, nous nous sommes vus offrir toute sorte de nourriture par simple gentillesse... Si parfois nous avons accepte en partageant nos provisions, nous avons aussi refuse en tachant de respirer le moins possible, le coeur au bord des levres tant l'odeur laissait a penser que ca ne pouvait pas etre comestible. Affaire de gout et de couleur me direz-vous, mais il est vrai qu'il ne faut pas venir ici pour la cuisine qui aurait plutot tendance a flotter, voir a se noyer dans l'huile, hors de tout ce qui pourrait ressembler de pres ou de loin a un quelconque derive de laitage... Amateur de yahourt et autre pate molle s'abstenir !
Nos premiers pas ici nous ont fait faire une formidable rencontre avec une grande dame francaise, enseignante de cette belle langue, comme on en voit que trop rarement. Ainsi, nous avons partage quelques jours avec Julie et sa fille Chloe comme introduction et conclusion a notre page birmane. Si la bonte et la sympathie doivent revetir un visage, ces deux minois la surgissent de notre memoire, a l'image de notre rencontre dans l'avion suivie d'une invitation a sejourner chez elles.
Puis, d'autres rencontres extraordinaires se sont melees au gres de nos avancees vers Bagan et ses etendues clairsemees de temples et pagodes comme un champs de fleurs divines que le soleil ecrasant n'affecte meme pas. Nous aurons tout loisir d'en sentir son ardeur tantot perches sur des velos, tantot voguant sur l'Irrawady, ou encore lorsque nos corps se sont imbriques miraculeusement dans le puzzle humain des picks-up pour de longues heures de vie trepidente. Les goulees d'air y sont accres et brulantes meme si nos embarcations sont ouvertes aux 4 vents.
Ici nous aurons appris a nos depend a transpirer ! Mais c'etait sans compter sur l'apport de Mandalay, citee ou la poussiere ne nous aura pas laisse de repis. Pourtant, c'est ici que l'on s'etabliera quelques jours pour faire des visites instructives et parfois divertissantes : Sagain, la tres kitch et coloree pagode U Ponya, l'ile d'Ava, le coucher de soleil sur le pont en teck, Mingun et sa pagode inachevee, la vie rythmee des moines dans d'innombrables monasteres, la fabrique des feuilles de bambou devant servir a la fabrication des feuilles d'or que les birmans collent sur la divinite le tout fait dans un univers qui aurait fait palir la poesie descriptive de Zola...
Au milieu de tout cela, on s'est perdu ! Une grosse breche dans notre moral nous mettra a mal durant 2 jours... Que faisions nous la et pourquoi ? Tout d'un coup, toute notre vie nous a manque et ce grand vide nous a rempli d'une tristesse engluante dont nous avions bien du mal a nous depetrer. Les couleurs, si contrastees de ce pays en mal d'unite, ne nous atteignaient plus. Alors, comme un remede nous sommes repartis vers les hauteurs de Pyun U Lwin pour se remettre de ce mal etrange. Fraicheur, villages allentour smerveilleux, fraises a profusion, seance cinema rocambolesque pour un film fort drole ou nous n'avons certainement rien saisi de l'histoire, fleurs inconnues, geckos bleus... La reconnexion a l'environnement nous a ete salutaire et fort de ce progres nous sommes a nouveau sur la route vers Mandalay a attendre un bus sous des nuages de mouches, puis, apres de longues heures de karaoke birman piratant tous les grands airs connus des chansons du monde entier mais helas sans aucun talent, nous debarquons dans la nuit a Calaw, autre hauteur salvatrice... Encore des bus herisses de marchandises et d'ames et encore un pick-up brinquebalant pour atteindre Pindaya et son absence de touristes blancs. On s'eloigne encore vers des villages pour un treck de 2 jours avec un guide non anglophone, ce qui nous plonge dans une retraite silencieuse ponctuee par des saluts en differents patois selon les villages traverses. Nous atteignons a temps le monastere perdu ; le deluge s'abat inexorablement sur la vie emportant parfois rocs et arbres dans de grands fracas... Le boudha au pied duquel nous etendons des nattes pour dormir sera bienveillant puisque le lendemain le bleu est revenu. De retour a Pindaya, on se mele aux flots de pelerins pour voir la grotte aux 8000 boudhas qui nous epoustoufle par sa singularite.
Un saut de puce de 4 heures nous fait approcher du Lac Inle, point d'orgue de notre voyage birman. Si la poesie doit naitre quelque part, l'inspiration doit surement emaner d'ici. La vie qui s'y ecoule, si douce pour nos yeux, doit etre bien difficile pour les Inthas qui ont du dompter ce territoire avec brio. De longs canaux nous font decouvrir l'agriculture flottante des tomates, du riz, jusqu'au citrouilles qui levitent ; des organisations de maisons sur pilotis parfois reliees par des ponts, des cages en bambous sur pilotis ou grossissent des cochons gris.
Chacun vaque a ses occupations. La vielle dame et la tres jeune fille repetent 1000 fois les quelques gestes pour fabriquer les cheerots (cigare). La, un pecheur coincant la rame dans le creux de son epaule pagait avec l'aide de son pied tandis qu'avec ses deux mains ainsi libres il s'occupe de son filet. D'autres bientot s'engloutissent sous des montagnes de vases qui serviront a consolider avec renfort de bambous les langues de terres flottantes. Un homme surveille d'un oeil mi clos son troupeau de canard tout en fumant son cheerot avec un plaisir evident. Des enfants orchestrent l'immersion d'un buffle apneiste avant l'heure declinante ou tout ce petit monde ira dans ces flots pour la toilette, les jeux, la vaisselle ou encore le lavage des longjis (grande etoffe circulaire et ample renouee autour de la taille) que portent hommes et femmes, chacun a sa facon.
Les Inthas ont pu faire de ce monde un lieu d'autosuffisance ou ils pratiquent tous les metiers, de forgeron au potier, du bijoutier au cultivateur pisciculteur et sans oublier le developpement des circuits touristiques avec boutiques d'artisanat... Toutes ces merveilles se font sur des pilotis supportant indifferement les constructions en bois ou en bambous. On n'oubliera pas bien sur l'un des monasteres celebre pour le don des chats qui y habitent et que les moines font sauter sur commande avec un oeil blase sous le regard tantot enthousiaste du touriste, tantot horrifie par ce tour de cirque... Moi, touriste de base, voyant que les chats y etaient bien traites et meme s'ils ne repondent pas avec vigueur aux caresses que tous voudraient faire, j'ai trouve ca plutot inattendu...
Pour nous le lac c'est aussi cette exploitation humaine des bateliers trop mal payes, des villages allentours creuvant la faim en souriant, des hommes qui boivent toute leur paye, des pix prohibitifs pour les locaux dus a l'afflux des blancs aux dollars...
Toute cette fatalite et ces bonheurs font de la Birmanie un gout aigre doux. Fallait-il ou non boycoter la Birmanie pour des raisons morales et politiques ?
Je vous laisse y repondre. Faut-il condamnerle travail des gosses ici ? Comment faire vivre une famille quant chacun ramene un petit bout et que tous cumulent plusieurs emplois ? C'est avec une femme extraordinaire, Ma Kyi Nyunt, que nous avons trouve notre reponse. Vivre un peu a ses cotes, c'est comme tout reapprendre de l'humanite. De la valeur d'un rire, a l'inexorable tristesse sans jamais approcher de l'egoisme et du "je" qui a colonise les pays "civilises".
Nous avons l'espoir que le projet mene par des francais (et en plus du sud) autour de cette femme verra le jour car sa guest house pourra l'aider a mieux faire vivre son village qu'elle supporte deja sans fatalisme.
http://perso.wanadoo.fr/paul-francois.beziat/Myanmar/inle.htm et pour les aides il faut contacter matthieuparent@yahoo.fr
Vous dire qu'elle n'est pas la seule a soutenir est une certitude. L'abandon des birmans pour des questions de boycots commerciaux et autres enjeux economiques ne nous concernent plus : le tourisme avec toutes ses derives ne permet pas aux autorites dictatoriales d'avoir une emprise sans regards sur ces ames si belles !
Cathy
Voila, ca fait 3 mois que nous sommes partis et la Birmanie a tenu ses promesses. Bien sur les paysages ne sont pas des plus transcendants car nous y etions a la saison seche. De plus, les pagodes, temples et boudhas quant on en a vu un, 10 et plus, c'est beau mais toujours pareil. Par contre, la gentillesse des gens, les sourires et cette famille de Bagan avec qui nous avons juste discute et sympathise... En les quittant ils voulaient nous donner tout ce qui leur tombaient sous la main. Et la, on s'est pris, passez moi l'expression "une grosse claque dans la gueule". On s'est senti tout petit et insignifiant avec notre hospitalite francaise...
Bref, c'est un pays encore authentique assez difficile d'acces et on est frustre de ne pas avoir pu aller plus loin que les zones autorisees.
Et quant on revient en Thailande, on se rend compte de la facilite qu'apporte l'electricite 24h/24, les routes en bon etat... Quel contraste ! Nous sommes a Chiang Mai dans le nord et "humides" car c'est Songkran, nouvel an que l'on fete en jettant le plus d'eau sur tous... Les rues des douves sont des piscines geantes et nous nous sommes armes de seaux et sommes partis toutes la journee d'hier avec Pierette et Patrick, copains de voyages depuis la Birmanie, a l'assaut de tout ce qui bouge ! Feter 2 jours de l'an en une annee est fort sympathique... et puis ca nous fait oublier les changements de cette ville que l'on avait beaucoup aime la premiere fois... L'impression d'etre a Pat Pong, de manger une bouffe insipide, des sourires appuyes qu'au moment de l'achat... Esperons que ce fleau ne touche pas la Birmanie et que le tourisme qui s'y developpe soit tout autre, sans leur faire perdre leur identite...
Jeje

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