Des le debut de l'aventure, nous avions prevu de ne pas visiter tout le Cambodge. Manque de temps obligeant, nous ne voulions pas cependant passer a cote des cites d'Angkor sans y jeter un oeil qu'on savait exigeant ! Nous avions aussi quelques apprehensions pour la rencontre avec la cohorte de touristes... C'est ainsi que nous sommes arrive a Siem Reap, par un petit saut de puce en avion dont le depart etait a Ventiane, capitale sereine du Laos. Soit dit en passant, je pense pouvoir vivre dans cette capitale, ce qui est une premiere ! Mais pour en revenir a Siem Reap, nous pourrions en dire que cette petite ville est en pleine expansion, la croissance des infrastructures ne devrait pas s'arreter en si bon chemin puisque le taux de frequentqtion ne fait qu'exploser ; il y a peu de temps que le tourisme de masse sevit ici. Pour l'heure, ca donne un resultat plutot sympathique, les endroits pour manger etant decores avec un gout assez fin ; et puis nous avons deux bonnes adresses a vous faire decouvrir si vous passez par la. Il s'agit de la "queen house villa" qui vient juste d'ouvrir et dont nous avons ete les premiers clients...
(en face du Wat Danmak- tel : 011.221838 - gutmeyr_m@gmx.at - 6 usd la double avec petit dej au nutella, salle de bain, ventilo, velo gratuit, tv sat et dvd mis a disposition - accueil sympa par un routard qui tente sa chance)
Parmis les innombrables restos, nous avons sympathise avec le patron breton-corse du " Tigre en papier" qui vous met internet a disposition quand on s'y restaure d'un delicieux amok (plat khmer de poulet a la noix de coco et aux oignons servis dans une feuille de bananier ; cf. photo) et qui doit avoir pres de 10 000 livres dont 2/3 en francais que l'on prend a condition de poser un bouquin en echange bien sur ! Et puis, il y a toujours les echoppes de nouilles sur un bord de trottoir, les fruits juteux a l'ombre d'un temple... Siem Reap est donc un petit paradis pour le visiteur qui a toutes les facilites pour son arret de 3 ou 4 jours.
Nous avions projette de visiter certains des temples les plus proches a velo, mais la chaleur d'une lourdeur sans precedent et le ciel noir nous a fait renoncer et preferer la moto touk, petite cariole deux places couverte tiree par un scooter. Grand bien ! Des l'achat des pass de 3 jours (40 usd, prevoir une photo), un deluge s'abat sans discontinuer pendant une bonne partie de la journee ! Malchance ou deveine me direz-vous ? Point du tout ! Nous aurons ainsi le tres grand privilege d'etre dans l'enceinte d'Angkor Wat parfois seuls, quelquefois avec une 20aine d'autres visiteurs maximum.
De meme, d'autres endroits magiques et innombrables seront deserts a notre arrivee ! Nous nous sentons comme des explorateurs, des petits d'Indiana Jones, et on grimpe partout, passant dans d'innombrables couloirs sombres entre deux vols de chauve-souris qui nous font sursauter, saluer la nonette qui veut nous vendre de l'encens pour la statut de boudha a laquelle elle ressemble... Les couleurs sont fantastiques avec ce ciel noir ; la jungle alentour ajoute au mystere... Grimpette sur les temples-montagnes qui parfois nous font penser a ceux des Incas, redescente vertigineuse ; vie de la campagne qui partout autour se pousuit au mileu de la majeste des pans de murs sculptes avec une rare finesse... En resume, nous aurons eu 3 jours merveilleux, isoles et libres ! C'est ce dernier point qui m'a le plus frappe et qui me fait vous dire de vous presser de venir a Angkor avant que cette visite soit la plus developpee de toute l'Asie, car ca n'est etrangement pas encore le cas. Vous pouvez ainsi tout a votre aise, vous collez le nez sur les sculptures, marcher ou bon vous semble, pas encore de plaques de verre de protection sur les murs... Il nous est rare aujourd'hui de decouvrir un tel monument sans restrictions et entraves !!! Bien sur, nous ne l'avons pas vu avec le soleil, mais quelle magie avec la pluie. Enfin, vous verrez bien sur les quelques photos que nous mettons en ligne ; quelques seulement car rien que le premier jour, nous avons appuye environ 300 fois sur le declencheur ! Pour vous dire a quel point nous avons aime ! Si vous voulez en voir ds magnifiques, on vous laisse le site d'un tres grand photographe que l'on a decouvert ici, John Mcdermott. www.asiaphotos.net
Nous rentrions le soir, fatigues de toutes ces grimpette, accables de transpiration, pour reintegrer la civilisation des blancs affales devant un match de foot a avaler des chapelets de bieres. Sans vous meprendre ce n'est pas un jugement, c'est juste que le contraste avec nos journees etait trop important a ce moment la. Alors, attables a l'echope de nouilles, on observait tout ce monde des antipodes, blancs detendus d'un cote, cambodgiens au travail de l'autre et au milieu la foule pressee des gamins des rues entre ceux qui vendent des livres aux touristes sur les degats dus a Pol Poth, d'autres qui ne font qu'avoir l'oeil hagard a respirer la colle dans le sachet plastic et ricaner mollement, d'autres encore, plus nombreux, mendier pour le soit disant lait d'un bebe porte sur le dos en permanence. Certains enfants sont si petits qu'ils semblent a peine plus ages que leur charge.
C'est comme ca ! Les temples attirent les touristes ; le tourisme attire les mendiants. Je le savais par avance, comme je savais que je verrais comme jamais une armee d'unijambistes, de moignons tendus dans des loques pour montrer le desastre des mines laissees par les khmers rouges contre quelques riels... Mais voila, il s'est passe quelque chose que je n'avais pas prevu et qui a brise ma resistance un peu ebranlee aux malheurs des autres.
Il etait passe devant notre table sans un mot, d'un pas lent et trainant de ceux qui n'ont nul par ou aller. Pourquoi se presser dans ces cas la ? Et puis, il est reste au milieu de la route, refoule loin des endroits potentiels ou le touriste peut tendre la main avec quelques riels au bout. Nous avions fini notre plat de nouilles a la sauvette et refoule je ne sais combien de gamins qui nous prenaient d'assaut avec fortes suppliques, mises sous le nez des bebes, caprices, simulations de pleurs, eclats de rire parfois, surement ds choses "sympas" dites en khmer... Les caids, a peine plus ages, etaient deja passes plusieurs fois pour regner sur cette cours des miracles enfantine.
Toujours du meme pas, une fois les autres gamins eloignes, il avait un objectif a atteindre cette fois : il pensait que nous allions partir et il restait une pate d'un demi centimetre dans de la sauce... Malingre, ni laid ni beau, cet enfant la devait avoir dans les 5 ans. La petite pate etait tentante... Il est venu alors que nous etions encore la arrivant a peine au niveau de la table. Il n'a rien dit, sait il parler d'ailleurs ? Il ma juste regarde avec de tres grands yeux noirs demesures pour son visage. J'y ai vu quelquechose de terrible et que je n'aurai pas voulu voir. Aucun avenir dans ses yeux, juste qu'il faut survivre et trouver a manger des que c'est possible. C'est difficile a decrire ce que j'y ai lu, mais ce regard m'a gifle !
C'est sans doute pour cela que je ne suis pas encore prete a aller en afrique. J'ai deja vu des gens avoir faim, il y en a plus qu'on ne le croit en France... Mais, tout comme je sais qu'il m'est impossible de travailler avec des enfants, il y a des choses que je ne veux pas voir parce que la blessure procuree est immense. Alors voila que cette rencontre me met au pied du mur. Mais je ne vous ai pas parle des motifs de notre voyage. Nous avons un motif commun et puis chacun le notre, Jeje vous parlera peut-etre du sien plus tard. En ce qui me concerne, j'ai ete horrifiee par une de mes attitudes en France, a savoir que je me sens profondement humaniste mais en meme temps les informations televisuelles ne me faisaient ni chaud ni froid face a des catastrophes humaines, voir meme pire ca me gonflait !!! Cruel conflit d'interet. Je n'y ai vu qu'une reponse : mon indifference vient de la meconnaissance et puisqu'on ne peut pas etre sensible a ce qu'on ne connait pas, il n'y avait qu'une seule solution. Pour avoir conscience de l'Humanite, ce qui me manque je pense, il faut aller la decouvrir... D'ou mon interet et apprentissage dans ce voyage. Toutefois comme je vous disais, ce qui touche aux enfants est tres rude pour moi et je suis finallement contente de ne pas avoir ete mere au moment de cette rencontre avec cet enfant sans voix.
Il regarde la pate et me regarde... Un regard a Jeje me fait voir que nous sommes d'accord et je lui fais signe de venir s'assoir. La cuisiniere me demande sechement si je pais pour le plat que je viens de lui commander... Des que c'est devant lui, il commence avec les baguettes que je lui ai tendu, puis ca n'allait pas assez vite pour son estomac, alors il plonge la tete dans les nouilles. Lorsqu'il se releve, et nous regarde il en a partout. Ses yeux semblent craindre au'on lui retire le plat, alors il enfourne toujours plus... Nous ne voulions pas le regarder manger comme au spectacle et puis on n'attendait rien de ce geste. Mais les autres sont revenus comme dans une fourmiliere et rappliquent pour demander a manger, l'invectiver de mots incomprehensibles... On decide de rester et de faire comme si de rien etait pour qu'il ait le temps de finir, en faisant semblant de discuter, mais on a la gorge serrees tous les deux.
Il n'a bien sur pas pu finir, et repart avec le reste dans un sachet... Que va-t-il advenir de lui ? Je reste avec une foule de questions depuis ; pourquoi lui et pas un autre, et pas tous ? Avons nous bien fait, aura-t-il passe un sale 1/4 d'heure a cause de nous ? Ou sont les associations humanitaires ? Personne n'a le droit d'avoir faim, mais les enfants ca me semble pire.
Voila pour l'apercu difficle de Siem Reap. On va dire que c'est comme partout ailleurs et que peut etre ce soir la, c'est moi qui etait differente. Il n'empeche que depuis je pense tous les jours a ce regard qui se superpose aux majestueux temples d'Angkor et des visages de pierre du Bayon, les murs envahis de racines de celui du Tha Promh...
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