Alors que Cathy et la bande se la coulent douce sur les iles, j'ai decide de partir pour La Paz afin de gravir le Huayna Potosi 6088m si les conditions le permettent. En effet, en arrivant il tombait des "arbaletes" - dixit Mr Moll un collegue de boulot.
Finalement, le 1er jour est tranquille. De La Paz 3700m, nous montons en voiture a 4700m pour le dejeuner. Ouh la ! Trop dur ! Bon, moi j'aime autant que possible ne pas faire trop d'effort... Puis s'ensuit 2H30 de montee tranquille, dans les nuages et la neige tout de meme, jusqu'au refuge a 5200m. Petite sieste, diner, the de coca -c'est bon pour l'altitude et la fatigue- en compagnie d'une allemande qui elle vomit ses tripes et a un mal de chien a la tete. Dodo a 19H. Nuit tres venteuse et pluie sur mon super calliente sac de couchage et par la meme occasion sur ma tete car j'ai eu la bonne idee de dormir pres de la fenetre pas etanche...
Bref, je ne sais pas si j'ai beaucoup ou peu dormi, toujours est-il qu'a 0H40 il est temps de se lever. Dur, dur les joies de l'alpinisme... Eh oui, il faut partir tot car la neige est meilleure, sans compter qu'avec le jour venant et la relative chaleur les risques d'avalanches sont accrus. Nous voici donc equipes avec Mario mon guide - le luxe, je suis tout seul avec lui - de piolets et crampons et sac a dos. A la lueur de la frontale, nous commencons notre ascencion. C'est dur car la neige fraiche est lourde pour mes freles jambes et je glisse souvent. Je fatigue donc 2 fois plus vite qu'a l'accoutume. En effet, je peux marcher tres longtemps mais mes muscles ne sont pas tres robustes... J'essaie de compenser cela en buvant beaucoup et en mangeant regulierement des barres chocolatees. Mais quand les jambes sont fatiguees... Je souffle, mais pas tant que ca. Le pire est que je souffre. Surtout apres un passage a 45 degres. Je m'arrette de plus en plus souvent pour donner du repis a mes muscles croyant qu'apres ca ira mieux. De fait, 10 secondes apres c'est pareil et meme pire. Heureusement, je suis recompense par la vue sur les lumieres de La Paz et le lever du jour qui est magnifique. Cependant, je n'apprecie pas ce spectacle a sa juste valeur car trop fatigue. Allez encore un peu, jusqu'a la prochaine pause. J'ai les jambes qui titubent, s'entrecroisent, la tete qui commence a tourner - manquerait plus que je tombe dans les pommes -, je pense a Cathy qui devait etre dans le meme etat au Choquequirao. Allez, c'est decide au prochain arret, j'abandonne, surtout quand je pense qu'il va falloir tout redescendre !!! Mario, m'encourage "tu vois ici c'est quasi plat, tu vas jusque la et on voit." Puis il ajoute "il faut se depecher un peu car le jour arrive et les nuages aussi". Je recupere un peu et laissant mon sac a dos, je me lance dans la derniere ascencion de 200m a 60 degres. Je dis bien "je" car Mario ne peut rien pour moi... Peut-etre m'arreterais-je 20 fois, je ne sais plus. Souvent je derape, ce qui me fait perdre a chaque fois un peu plus d'energie et de volonte, jamais je n'y arriverais. Et pourtant, j'arrive a hauteur de Mario et il me dit "tu y es". Je n'y crois pas : 6088m apres 5H30 de montee, j'attendrai d'etre en bas pour eclater de joie, car il va falloir redescendre... A peine le temps de sortir l'appareil photo que deja les nuages nous enrobent. Merde, pas de recompense. Conquerant de l'inutile, mais pour la premiere fois de ma vie je pense avoir touche mes limites et les avoir depassees. Une grande victoire finalement ! Maintenant, il va falloir redescendre de cette corniche de 10m de long.
Allez, concentration pour une descente en rappel. Les nuages commencent a se lever pour laisser decouvrir les seracs et la glace bleue. J'adore ces paysages feeriques. Ca faisait longtemps que je desirais renouer avec la haute montagne. Du coup, je verse une petite larme melee de bonheur et de fatigue. C'est trop beau ! Bon, allez il faut se reconcentrer. La montagne se rapelle a moi par 2 fois lorsque ma jambe entiere passe dans de petites crevasses. Pas de peur, pas de mal. Je m'en sors en rampant afin de repartir tout mon poids sur le pont de neige pour ne pas qu'il craque... 2H30 plus tard - pourquoi c'est plus rapide, grrr - toujours avec des jambes independantes, me retrouvant de temps en temps sur les fesses nous arrivons au refuge contents, mais epuise pour moi... Sieste, grignotage, voila que le temps est au beau alors que ce matin il nous neigeait dessus, un gros the de coca et c'est reparti apres 1H de pause. C'est fou ce que la coca peu defatiguer, j'en cours presque sur le sentier. 45mn et nous voila a la voiture. Jamais plus, jamais plus, c'etait mon dernier ! Je n'en peux plus....
Je retrouve Cathy tout fier de moi - ben, oui quand meme - et nos joyeux compagnons de voyage temporaire.
"A vaincre sans peril, l'on triomphe sans gloire"...
Par Jeje, le plus haut des Quequins...
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